Adrien

Fricheteau

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© Adrien Fricheteau 2018

La soupe

Primordiale

 

J’ai commencé la peinture sur un malentendu. Quand je suis arrivé à la HEAD depuis ma prépa à Rueil-Malmaison, je pensais vouloir faire de la

bande dessinée. Je ne connaissais rien à l’art contemporain, malgré un terreau familial qui louait la culture comme fondement de son identité. Problème : la famille était en fait sous le patronage encombrant de mon grand-père, moderniste radical qui m’interdisait, jeune enfant, de peindre des maisons et des fleurs, plutôt que de l’abstraction géométrique. Je crois avoir été durablement traumatisé par celui-ci.

Lorsque je compris que mes professeurs n’étaient pas disposés à m’aider dans mon ambition, j’ai, pris de panique, saisit un pinceau, de vieux tubes de peintures à l’huile que ma grand-tante m’avait offert cinq années auparavant.

Ainsi, je suis devenu peintre. Ma première série était absolument ridicule. Je cumulais toutes les tares du jeune étudiant naïf qui croyait, par l’addition de symbolique et par un propos politique médiocre, frapper un grand coup dans le monde de l’art. Évidemment, c’était mal peint. Je me souviens que

je croyais vraiment que ma première série de peinture allait retourner le jury, qu’ils en seraient bouleversés. Ce ne fut pas le cas. En effet, j’avais

peint d’illustres personnages de l’histoire de France, affublés d’oreilles de Pikachu. Je crois me souvenirs qu’il y en avait six : Le Général de Gaulle, Yannick Noah, Zinedine Zidane, Adolf Hitler, Voltaire, et j’ai oublié le dernier, bien que cela puisse être soit Napoléon, soit Louis XIV. Aujourd’hui, la portée de ce geste pictural et politique m’échappe, mais je suis

triste d’avoir perdu toutes trace de ces « oeuvres ».